HUMEURS

 

Un fidèle - baratin entre deux chansons - 15 Août 2002

Le 15/08/2002

Fidèle...
Il m'a dit : "Tu me plais, mais je reste fidèle..."
Dit comme ça, avec la candeur du presque enfant qu'il était, ça paraissait presque légitime, évident.
Il faisait beau. C'était la nuit pourtant, mais il y avait dans ses yeux les soleils pour des jours de bonheur, dans ses sourires la promesse de baisers enflammés, dans chaque mouvement de son corps de quoi faire reculer toutes les obscurités, et le froid aussi pour longtemps. (Une heure au moins, peut-être).
Tu es fidèle, bel enfant, mais fidèle à qui, à quoi ?
Fidèle à qui ? A ta rencontre d'hier (... mais plus à celle d'avant hier, alors !), ta rencontre d'hier, qui te fait sentir fort, qui te fait être bien, et beau, et désirable… Oui, comme peut-être cette rencontre d'aujourd'hui, comme sans doute une autre demain, qui sait, essaye pour voir…
"Ah ! Non, ce serait être infidèle", répond en chœur la belle jeunesse. Oui, jeunes gens de France, ce serait être infidèle, infidèle ENFIN aux valeurs étriquées de vos pères, que vous portez comme des sacs, infidèle aux carcans de vos mères, dont vous souriez en public et que vous enviez sous cape.
Jeunes gens d'ici, pâles éphèbes, génération d'enfants de divorcés, vous rêvez de faire mieux que vos parents, heureusement; mais si vous ne souhaitez en fait que LA MEME CHOSE (en mieux peut-être), comment pensez-vous finir autrement?
Trimballez, petits Sisyphe, votre cargaison de vieilles idées ; une fois dégringolées, vos enfants les reprendront en chantant vaillamment, pour les hisser sur leurs propres montagnes, et vous aurez le culot d'en être fiers, jusqu'à la prochaine dégringolade.
Familles, je vous hais, lieu de tous les enfermements, disait Gide.
Pourquoi ne rêvez-vous que de faire PLUS quand vous pouvez faire AUTRE CHOSE?
Jeunes gens de partout, vous en avez, pourtant, du romantisme à revendre, des cœurs intransigeants ; et vos grands idéaux ? et votre soif d'absolu ?
Mais revenons à toi, désirable hasard de rencontre, toujours fidèle, fidèle à qui, fidèle à quoi...
Fidèle à quoi ?
A la grande cohorte des petites compromissions et des arrangements sociaux faciles?
A la belle image bien polie, bien conforme, qu'on attend de toi ?
Et ton envie du moment, et le respect de tes désirs, tu penses à leur être fidèle ?
Pourtant tu doutes, tu es passé outre, déjà, en disant, en pensant au moins "j'aime aussi les garçons". Mais on dirait qu'il y a des valeurs plus difficiles à outrepasser, tellement on les a bien déguisées en idéaux absolus; cette définition apprise d'une fidélité étriquée, par exemple, qui dit que tu reste fidèle en n'embrassant pas le fruit du hasard, et ce soir tu te masturbes, fidèle, en pensant à ce qui aurait pu être.
Mais fidèle... (hum…)
A ce train-là, on ne devient fidèle qu'à nos renoncements, au plaisir de passage refusé, aux seins croisés qui n'ont détourné que nos yeux, à la pipe déclinée, aux douceurs évitées, qui viennent grossir le rang des regrets, quand l'histoire à laquelle on était "fidèle" se barre, laisse place au vide (jusqu'à la suivante). C'est là qu'on y repense, à ces sourires esquissés, à ces caresses presque osées, à ces culs délaissés, à ces partouzes à peine rêvées... "STOP ! Arrêtez, Monsieur! Vous m'offensez, ce n'est QUE du sexe ça, moi je vois plus haut, c'est de Sentiments qu'il s'agit, Monsieur, de grandeur d'âme !"
Allons, allons, pas d'hypocrisie, vertueuse jeunesse, je ne parle pas d'autre chose, et soyons honnêtes, grandeur d'âme et pétage de fion ne sont pas forcément incompatibles. QUE du sexe? C'est déjà ça !
Convenons plutôt que le cul est la plus vieille histoire de cœur, du calme, jeunesse offusquée.
Et soyez fidèles, surtout, mais pas aux désirs des autres, ni à ce qu'on attend de vous.
Et sois fidèle, toi aussi, mon amour, sois fidèle, mais pas à moi, ou à ce que tu crois que j'espère.
Et sois fidèle enfin, garçon rêveur, un moment espéré, de mes errances nocturnes, sois fidèle, mais pas à ce sourire un peu triste de ton départ au goût de presque regret. Apprends vite qu'on n'est vraiment fidèle que quand on est fidèle à soi-même.
Je t'aurais aimé.
Je t'aime.
Nicolas BACCHUS