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EDITORIAL - Le Monde - 26 Juin 99 - Combattre l' homophobie

Le 26/06/1999

POUR ceux qui se rappellent les interdits dont l'homosexualité était l'objet il n'y a pas si longtemps, la réprobation publique qui l'entourait et la honte éprouvée par les homosexuels eux-mêmes, conduits à intérioriser la condamnation portée à leur encontre, le changement est spectaculaire. Aujourd'hui, les homosexuels ne craignent plus d'afficher leur "différence", la tolérance et la compréhension manifestées à leur égard ont progressé en quelques années d'une manière saisissante, les discriminations dont ils sont les victimes sont jugées désormais inacceptables : l'adoption par le Parlement, en première lecture du Pacte civil de solidarité a montré la force de ce mouvement, qui a transformé en profondeur la société française.
Pour ceux qui souffrent des comportements homophobes et qui revendiquent une véritable "égalité sexuelle", comme les signataires du manifeste publié dans nos colonnes (lire page 17), l'évolution des mœurs n'est pas encore allée assez loin, et les rejets qui s'expriment encore ici et là prouvent non seulement que les vieux préjugés n'ont pas disparu mais qu'il faut continuer de se battre pour que l'universalité de la République ne soit pas un vain mot. Ceux-là invoquent, avec raison, les injures adressées aux "pédés" à l'occasion du débat parlementaire sur le PACS ou de la manifestation des anti-PACS le 31 Janvier.
La Gay Pride, samedi 26 juin à Paris, devait se faire l'écho de ce double sentiment : celui du chemin accompli et celui du chemin qui reste à parcourir. "Les combats à mener sont nombreux, soulignent les organisateurs : amélioration du PACS par voie d'amendements législatifs, mai tien d'une politique forte de prévention du sida, accès à l'adoption, à la PMA [procréation médicalement assistée], au droit à la famille, lutte contre 1'homophobie, visibilité culturelle et historique des gays et lesbiennes, etc." Chacune de ces revendications appellerait certes un débat particulier, mais la direction indiquée mérite d'être soutenue.
Le rapport 1999 de SOS-Homophobie, observatoire de l'homophobie en France, est à cet égard éloquent. Il démontre en effet, exemples à l'appui, que "les manifestations d'ignorance, d'indifférence et de négation de l'homosexualité, comme, à l'inverse, de moquerie, mépris, discrimination, rejet et violence homophobes, à l'égard de personnes ou pratiques homosexuelles, persistent". Il explique aussi que la loi qui punit la provocation à la haine raciale ne permet pas de réprimer la provocation à la haine homophobe.
Sans doute, avant de modifier la législation au risque de multiplier des textes souvent inapplicables et quelquefois attentatoires à la liberté d'expression, faut-il continuer à agir sur les comportements afin que soient enfin reconnus, sans la moindre réserve, les droits égaux de tous les citoyens, quelle que soit leur orientation sexuelle. Les associations d'homosexuels et de lesbiennes contribuent activement à cette mobilisation permanente et à cette vigilance accrue. Leur bataille est aussi la nôtre.
LE MONDE / SAMEDI 26 JUIN 1999 / 15