Presse

 

Festival Avec le Temps, à l'Exodus

La Marseillaise - Le 25 mars 2005

Muni de nouvelles balles, empruntant aussi à Ronsard, Vissotsky ou La Rue Ketanou, gay ou triste, Bacchus confirme.
ON en a beaucoup parlé... Mais quand on voit que Marseille continue à ne pas faire déborder ses salles alors que le zigue remplit à bloc ailleurs (notamment les Déchargeurs parisiens), on a envie d'en rajouter, et tant pis pour Maxwell et sa qualité filtre.
Alors on en reprends, d'autant qu'il y a du neuf, beaucoup de neuf, des chansons à lui (étonnantes Maladies mortelles, belle version de Peau d'âne) ou à d'autres (sublime Vol arrêté de Vladimir Vissotsky qu'avait adpaté le Forestier). Mais au fond, la recette, heureusement, est restée la même : Nicolas Bacchus, entre le rouge (pour l'esprit) et le vert (pour le langage), ne respecte toujours pas les feux, et assume : ses chansons sont politiques, ses intermèdes sont poétiques, et vice-versa. A l'heure du consensus mou et de la transparence, lui, puise sa "positive attitude" dans le flot de l'actualité (plutôt Charlie Hebdo que le Nouvel Obs', on s'en doute), dresse des constats féroces, s'attaque frontalement à Gaymard (mais préfère les prénoms de ses gosses et l'ascendance de son épouse à ses délires immobiliers) et compagnie, défend la cause des pédés, des sans-papiers et autres et traverse allègrement l'Atlantique pour disséquer les textes sacrés, bref, il préfère gueuler plutôt que s'écraser. Mais comme tout est une question d'équilibre, et que le gars a un don pour l'enchaînement, l'auto-dérision et le contre-pied, le malicieux poil à gratter se transmute en clown (pour les fans et les auditeurs de France Inter, y'a du nouveau côté parodies et Petit Ane Gris), et endosse la cape du tendre, voire du mélancolique, dans un récital peut être un peu plus "tristement gay" que le précédent (Les saunas, que Genêt n'aurait pas renié). Et le public, embarqué dans cet univers unique et profondément théâtral, passe en tour de cordes du rire sarcastique à la chair de poule. Du rouge plaisir au rouge colère.
Denis Bonneville