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Entre poésie et "bla-bla" militant

FrancoFans - Le 31 decembre 2004
Un souffle dans le cou et une bonne claque dans la figure! Les deux nous font du bien et sont parfois nécessaires. Interview.
Raconte-nous tes débuts dans la chanson?
Gamin, j'ai été nourri par Renaud, Brel, Brassens. Déjà ça évite d'écrire n'importe quoi après. On sait à quoi ça fait référence. En même temps, on s'inspire de ça pour écrire des chansons. Parce qu'on sait à peu près dans quelle famille on se situe. J'ai d'abord fait du classique en musique et en chant. Puis j'ai continué tout seul pour l'accompagnement. J'ai chanté longtemps les chansons des autres dans les bistros, en parallèle je faisais mon métier d'éducateur. Que ça soit éducateur ou musicien, ce sont des métiers qu'on ne peut pas du tout faire à moitié. Je suis passé de tout l'un à tout l'autre. Et j'essaye d'en survivre comme ça.
Tu es interprète, auteur, compositeur. Comment ça se passe pour l'écriture d'une chanson?
J'ai écrit les deux tiers des textes dans le spectacle et quasiment toutes les musiques, en dehors de quelques reprises. Je suis passé des chansons des autres aux miennes. Quand les histoires d'amour des autres ne m'ont plus suffi, je me suis mis aux miennes. De la même façon les histoires politiques ou ancrées dans la réalité datent vite, j'en ai donc refait d'autres. J'écris le texte puis la musique. Elle souligne ce que je veux dire. Et grâce aux musiciens qui m'entourent, la musique ne fait plus seulement qu'illustrer mes propos. J'apprends petit à petit à laisser plus de place à l'environnement musical dans mes nouvelles compositions.
Tu as énormément de sujets qui te révoltent...
Je ne suis pas que révolté dans la vie (rires). Il y a plein de choses qui sont bien dans la vie! Je suis plutôt heureux comme garçon. Mais je m'aperçois que c'est bien difficile d'être heureux quand le reste ne suit pas et qu'on a l'impression que c'est au détriment de plein de gens. Voilà!
Es-tu quelqu'un qui préconise une politique active au quotidien?
Oui, il ne faut pas que dire ce qui ne va pas, contrairement aux médias qui ne s'intéressent jamais aux causes. Ils les cachent aux gens de peur que ceux-ci réagissent et ne mettent la merde, il faut s'y intéresser. A Toulouse, les Fabulous Troubadours (avec les repas de quartier), ou les Motivés font vraiment une politique locale. C'est quelque chose qui montre que la démocratie directe c'est possible et que la politique n'est pas forcément un gros mot. Ca serait possible mais ça voudrait dire: du boulot, des gens motivés à qui on ne met pas de bâtons dans les roues toutes les deux secondes pour qu'ils s'arrêtent. Maintenant à Paris je dois reprendre mes marques. Mais j'ai toujours milité un peu en plus de parler. A Toulouse, j'ai participé à la création de Chiche!, un groupe écolo, alternatif et solidaire. Etre là où sont les manifs c'est important. Mon site par exemple ne renvoie pas seulement à des sites musicaux. Il renvoie aussi à des sites comme Attac (même si on peut leur reprocher certains points). J'essaye de faire plus que parler: c'est une des manières de participer à la vie citoyenne.
C'est ça pour toi la place de l'artiste?
A mon avis, oui! Il y a trop de groupes qui ne sont "que militants". C'est intéressant, du point de vue militant mais sur scène c'est tout sauf du spectacle. D'autres sont tellement dans le spectacle, qu'ils sont persuadés que rien que chanter c'est déjà un engagement. Même s'ils ont raison, ils oublient de le dire. Au final, ils ne font pas passer grand chose comme idées. Ce que j'essaye de trouver c'est quelque chose qui soit honnête et militant d'un point de vue scénique. Il faut faire des concessions. Pas plomber un spectacle avec un discours trop militant et pas non plus un truc juste scénique, qui laisse trop de doutes sur les intentions de l'artiste. Je cherche cet équilibre là, entre autre. J'essaye comme tu le dis de faire réagir mais aussi d'être drôle et poétique. Je ne veux pas me borner à un seul style. Un vrai spectacle, c'est voir quelqu'un qui s'adresse aux gens, ce n'est pas qu'en chantant. Peut être que j'ai besoin de parler parce que je ne suis pas assez sûr de moi. Je n'ai pas toujours l'impression que les chansons se suffisent à elles-mêmes. Il faut expliquer, introduire une chanson, orienter les gens à écouter ou les mener petit à petit vers tel ou tel sujet.
On peut voir aussi ce discours comme le marteau qui enfonce le dernier clou...
Oui, ça sert à orienter l'écoute du spectateur. Pour moi c'est important ce "bla-bla". Sinon t'écoutes ton disque dnas ton salon, tu mets de belles lumières et t'as ton spectacle. Tu vas à un concert des Têtes Raides, t'as juste à allumer la lumière et ça fait pareil! Je vais me faire des copains encore! Ca, c'était la série: "Faites vous des amis!"(Rires). J'ai été élevé avec des show-man comme Patrick Font qui alternait chansons, sketch et arrêtait les chansons pour raconter une connerie. On trouvait ça chez Renaud. Juliette fait carrément un talk-show au milieu. Voilà c'est un vrai spectacle où on s'adresse aux gens.
...
Après avoir débuté sur Toulouse, Nicolas Bacchus est depuis deux ans sur Paris. Il quitte son publicc toulousain conquis pour séduire les spectateurs et les professionnels parisiens qu'il faut aller chercher "car il ne s'intéresseront pas à vous si vous restez en province". Il a fini sa tournée pour se mettre cet été à l'écriture. Il nous concocte un nouvel album, après les trois ans de vie de "Balades pour enfants louches", son précédent CD enregistré au Bijou à Toulouse. Vous pouvez d'ici là aller le voir sur scène. On vous invite également à visiter son site riche sur lequel Bacchus réagit régulièrement à l'actualité.
Le Bacchus: Définitions
Telle une problématique de philosophie, cette question nous paraît insoluble. Pourtant, il faudra la résoudre. Alors voilà: si on devait le résumer...
Le Bacchus est un petit bonhomme gentil, accessible, bienveillant, qui fait preuve de patience face à une jeune "intervieweuse" hésitante. Le Bacchus est un éducateur qui un jour a décidé de se consacrer entièrement à sa passion. Il est donc chanteur, dans un premier temps des textes des autres, compositeur puis auteur. Mais une chose est sûre, sur la scène comme dans la vie, Le Bacchus a de l'énergie à revendre, la parole vive et parfois tranchante. Il aborde tous les sujets: les sans-papiers, la politique, l'homophobie, l'amour. Il nous fait rire, pour mieux nous émouvoir l'instant d'après. Il chante et... Il parle. Le spectacle de Nicolas Bacchus est un savant mélange de poésie, d'humour et de militantisme. Il parle de tout, critique et se moque de tout et de tout le monde, sans s'oublier. Il nous fait réfléchir à l'actualité, aux comportements inacceptables de certains politiques ou de certains grands groupes (comme Total). Puis tout d'un coup, il prend un malin plaisir à nous lancer des piques. On se rend compte que là, il parle de nous, on est bousculé, on s'interroge. Si en repensant à son concert, ses questions nous reviennent sur des airs bacchusiens, alors le pari de Bacchus est gagné : celui de nous faire passer un bon moment et aussi des idées. Le Bacchus, c'est un homo qui s'assume, qui ne voit pas pourquoi ce devrait être un sujet tabou. Il en parle d'autant plus librement qu'il sait qu'en parler est le premier pas pour faire bouger les choses. Il dit tout haut ce qu'on pense tout bas. Il rappelle des évidences qui font du bien à entendre : sur l'amour entre deux être de sexes opposés ou au contraire. On est définitivement conquis lorsqu'il termine son spectacle avec sa solide démonstration sur le pourquoi de ne pas avoir de vie privée, secrète, cachée qui au final ne serait qu'une vie maltraitée par les interdits de la Morale.