Presse

 

LE FESTIN DE BACCHUS

A Fleur de Mots - Le 03 decembre 2005
Après un album déjà très réussi en 2002 (“Balades pour enfants
louches
”), Nicolas Bacchus nous revient avec “A table”, un disque orgiaque par excellence. Pendant masculin de Juliette (avec qui il partage même une chanson, Enquête préliminaire), Nicolas Bacchus a la faculté de savoir aussi bien nous délecter de chansons tendres et fortes (Itinéraires, Dans les saunas) que de textes plus salés (Des Tests), épicés voire explosifs (Les Bombes). Encore un qui n’a pas la langue dans sa poche, et qui ose dire haut et fort ce qu’il pense, comme lors de l’émission du “Fou du Roi” sur France Inter restituée en partie à la fin du disque. D’ailleurs, pour tout vous dire, j’ai commencé par écouter cet extrait, intitulé Le petit âne gris marche seul à Châtenay-Malabry. Quand on connait la version hilarante du Petit âne gris will rock you du disque précédent, ce titre est plein de promesses. Sur le même principe donc, Nicolas Bacchus reprend Le petit âne gris d’Hugues Auffray version Renaud, Aznavour, Barbara, laisse tomber au passage Cabrel et Queen (ça, c’est un peu dommage, mais bon...) et ajoute de nouvelles imitations de Delerm, Bénabar (“Y’a des odeurs qui trompent pas / Le p’tit âne gris habite chez moi”), Carla Bruni et Goldman (enfin, une sorte de Goldman en mieux, qui aurait plus de force dans la voix). Et c’est un régal, on rit du début à la fin !
Ce n’est qu’après que j’ai découvert les autres chansons du disque ; et alors là, de la “mise en bouche” aux “duos de desserts” en passant par les “plats de résistances”, c’est l’orgie ! Une écriture très fine, pleine d’humour et de bons mots, au point que l’on sent Bacchus se régaler à nous les dire. écoutez l’Inventaire et sa façon évoquante de dresser des portraits de jeunes hommes, par exemple “le genre qui habite, ça c’est l’enfer / Une chambre avec vue sur sa mère”, ou Peter Pan, sous-titrée J’veux pas être jeune : “Je veux pas avoir les ch’veux gras / Je veux pas avoir le coeur gros”. Dans Les Bombes, l’humour met son habit noir pour donner encore plus de force au propos : “J’vous ai apporté des bombes / Parce-que l’amour c’est périssable / Et puis les bombes quand ça tombe / Ça fait BOUM dans les bacs à sable / De jolies gerbes sur les tombes / De beaux bouquets de pleurs à table”. Je suis moins convaincue en revanche par les jeux de mots à répétition dans la chanson D’Alain à Line, qui peuvent être drôles une première fois mais ne passent pas le cap de la deuxième écoute ; peu importe, car tout le reste est bon ! Le plaisir est aussi dans les arrangements et les mélodies efficaces qui nous trottent longtemps dans la tête après les avoir écoutées (magnifique et douce chanson sur la maladie et les souvenirs d’enfance, Les Pommes, les papous, les châteaux : “Elle est
partie, chéri, pleure pas / Faut surtout pas qu’tu lui en veuilles / Va mettre des coups d’pieds dans les feuilles / Elle te fait dire qu’elle t’attendra
”)... Il faut dire enfin que Bacchus a su bien s’entourer (Eric Toulis, Les Pistons flingueurs, Mamouchka, Royal Breakfast, et Debout sur le Zinc qui l’accompagne le temps d’une chanson engagée et enflammée, Les Voleurs d’ivoire)... Au fil du disque, on retrouve également quelques clins d’oeil à Brassens, Brel et même Leprest et sa bande avec la reprise de C’est étrange... En somme, de belles références pour quelqu’un qui mériterait bien d’en devenir une.
Marie Bobin