Presse

 

La verVe et la Joie (chronique album)

L'accoudoir - Le 11 decembre 2010


Cinq ans séparent ce nouvel album de Nicolas Bacchus du précédent, À Table, paru fin 2005. Cinq ans au cours desquels les plus folles rumeurs ont circulé au sujet du chanteur : avait-il baissé les bras, à son tour ? Préparait-il un album de duos avec Michel Sardou ? Rien de tout cela, grâce au ciel. La verVe et la Joie nous ramène le Nicolas Bacchus que nous avons connu : insolent et vulnérable, capable d’écrire des chansons intelligentes mais jamais trop sérieuses, de s’indigner sans adopter pour autant la posture du "chanteur engagé" que d’autres brandissent après un seul morceau à la gloire de Mandela ou Gandhi.
Concrètement, cela donne par exemple Identité Nationale (feat. Agnès Bihl, Patrick Font et Sarcloret), un titre que même le principal intéressé, Éric Besson, s’il avait une âme, ne pourrait s’empêcher de trouver hilarant. Ses aventures extra-extra-conjugales, Nicolas Bacchus les évoque avec légèreté, sans militantisme ni provocation, désamorçant du même coup tout reproche adverse (Les Uniques). Et si Ce que je fais de moi s’apparente jusqu’au trois quarts à une complainte mélodramatique, elle s’achève dans la gaillardise, histoire de sécher les larmes qu’elle-même voulait faire couler. C’est d’ailleurs quelque chose de particulièrement appréciable chez le Toulousain d’adoption : contrairement à de nombreux pratiquants, lui ne cherche jamais à poétiser à outrance l’homosexualité ou le libertinage, à les habiller d’une noblesse littéraire. Quand il parle d’une bite, il dit "bite". L’effet est aussi jouissif que si Rabelais avait réécrit à sa manière cet interminable et pudique éloge de la masturbation qu’est La Princesse de Clèves.
Cela permet en outre des rimes tellement riches qu’elles menacent de s’installer en Suisse (avec "Les cénobites", par exemple, toujours dans Ce que je Fais de moi).
Une bonne chanson étant d’abord un bon concept, La verVe et la Joie offre également plusieurs chefs-d’œuvre d’ingéniosité textuelle. Sanson du Bizoutier repose sur une idée absurde et géniale, celle de chanter en zozotant. Filet Mignon est une extraordinaire métaphore filée, digne d’être enseignée à l’école. L’art de la contrepèterie est célébré dès le titre du disque (mais si, réfléchissez bien…) et un peu partout ailleurs, sans pour autant laisser place au calembour inutile et lourdingue.
Enfin, si certains peinent encore à en déchiffrer le titre où se bornent à prendre Filet Mignon au mot (sexuel, s’entend), ils pourront toujours se contenter du plaisir musical offert par ce nouvel album. Le chanteur s’y autorise, comme jamais auparavant, quelques parenthèses reggae, rock et même dance-floor (Trouble Ode). S’il peut se le permettre, c’est parce que La verVe et la Joie repose sur une production plus homogène. Alors que chaque chanson de À Table était arrangée d’une façon différente, trahissant rétrospectivement un certain manque d’unité, Nicolas Bacchus s’est trouvé, sur La verVe et la Joie, une vraie personnalité musicale, une guitare et quelques traits de violons servant en général de socle à l’intrusion de cuivres (Les Gens de mon pays) ou d’une mandoline (Identité Nationale). Il y a désormais un son Nicolas Bacchus, tenu d’un bout à l’autre de l’album avec une telle maîtrise que les novices croiront peut-être que le chanteur l’expérimente depuis ses débuts. Bref, À Table était un excellent disque, La verVe et la Joie est encore pubien.
Julien Demets
(fraîchement licencié d'evene.fr avec une cinquantaine d'autres par le Figaro repreneur)

http://laccoudoir.com