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Nicolas Bacchus, chanteur gay et engagé (interview)

Têtu - Le 28 novembre 2006

Depuis huit ans, Nicolas Bacchus promène ses histoires d'amours homos et ses coups de gueules politiques sur les scènes de l'Hexagone. Pour "Têtu", ce grand séducteur revient sur sa dernière tournée et donne sa définition de l'artiste engagé.

- Cela fait un an qu'À table est sorti. Vous avez beaucoup tourné pour en assurer la promotion…
- Oui, pour un album autoproduit il a reçu un bel accueil. J'ai fait environ 120 dates en huit mois. C'est beaucoup. Alors bien sûr, il y a un peu de tout : des concerts dans des bistrots, des premières parties d'artistes plus connus, des prestations pour des radios... J'ai également participé à quelques festivals. Par contre, je n'ai pas déclaré 120 dates payées ce serait trop beau!

- On a vraiment le sentiment que vos chansons prennent leur pleine mesure en concert. Vous considérez-vous avant tout comme un artiste de scène?
- Disons que j'essaie d'écrire des chansons pour qu'elles n'emmerdent pas trop ceux qui les écoutent! Mon album précédent était d'ailleurs un live car je ne voyais pas trop comment montrer ce qu'était Nicolas Bacchus sans montrer les baratins et les blagues entre les chansons. En concert, je cherche toujours à présenter mes chansons pour bien être compris, pour pas qu'il y ait d'ambiguïté. Par exemple, je trouve que c'est de plus en plus difficile d'écrire des chansons politiques dans une époque où pour la moitié des personnes, "réactionnaire" cela veut dire "des gens qui manifestent dans la rue"… Aujourd'hui, cela devient de plus en plus difficile de faire des raccourcis avec les gens. Sinon, je revendique complètement l'étiquette d'artiste de scène car je viens de là. J'ai d'abord joué dans la rue, puis dans les bars avant d'enregistrer des albums. Et puis les artistes que j'ai écouté plus jeune étaient surtout des artistes de scène. Il y a eu tout un café-théâtre avec Patrick Font et Philippe Val. J'ai beaucoup aimé Renaud à l'époque où il savait encore faire des chansons ou les spectacles de Juliette qui est vraiment une show girl !

- On vous décrit aussi très souvent comme un chanteur engagé. Qu'est-ce qui est selon vous le plus engagé : faire des chansons très politisées ou parler ouvertement de votre homosexualité et raconter par exemple vos "aventures" dans les saunas?
Ce qui me plaît c'est que dans Têtu, on puisse écrire que je suis un chanteur engagé qui parle de choses un peu plus politisées que Mylène Farmer. Mais j'aime aussi que dans les journaux militants voire politiques, comme Politis ou Charlie Hebdo, on remarque le côté homo et enfin que dans des revues musicales comme Chorus, on souligne mes chansons d'amour qui ne sont pas celles que les gens ont l'habitude d'entendre à la radio. Je pense que c'est bien de cultiver ce mélange des genres. En concert, je fais très attention à ça et j'essaie de présenter avec humour les différentes facettes de mes chansons pour ne pas être le "chanteur des pédés" ou le "chanteur des écolos". Par exemple, dans les gauchos qui viennent me voir en spectacle parce que je soutiens les sans papiers, tous n'ont pas forcément réfléchi à l'homophobie. Et parmi mon public gay, certains ont peut être l'intention de voter Sarkozy. Je trouve ça bien d'arriver à faire écouter aux gens ce qu'ils ne sont pas forcément venu trouver.

- Est-ce que vous pensez que le fait de parler de votre homosexualité dans certaines de vos chansons a pu nuire à votre notoriété ?
- Je m'en fous un peu et puis c'est ce que je chante ! Il y a aura toujours des gens à qui je plairai et d'autres pas du tout. Donc autant faire ce que je veux et voir qui apprécie ma musique. Il ne faut pas faire attention à ce que disent les grands promoteurs et les grands décideurs. J'ai connu Bénabar il y a 12 ans quand il galérait. Et aujourd'hui il cartonne.

- Quand sortira votre prochain album?
- Je devrais en sortir un dans deux ans. Je ne manque pas d'idées de textes et j'ai déjà écrit quelques chansons. Ne vous inquiétez pas, je ne vous abandonnerai pas en route.

Propos recueillis par Sylvain Zimmermann pour
www.tetu.com