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Chronique Album

ZaGay.org - Le 19 mars 2011

Nicolas Bacchus. Qui est-ce ? Que ceux qui ne le savent pas se rattrapent rapidement ! Nicolas Bacchus, c’est un nom de scène qui en dit déjà long, la gouaille pour mot d’ordre, les mots comme compagnons de jeu et la musique pour lier le tout.

Artiste généreux, il permet de se faire une idée de son talent à la seule force de l’oreille sur son site où quatre albums sont en écoute libre. Pour vous donner l’envie d‘y plonger, les arguments ne manquent pas. Si les mélodies restent dans la tête, si la voix ne peine pas à nous communiquer les sentiments les plus divers, si l’homme dégage une aura de sympathie indéniable, ce sont les textes qui nous enchantent, ce sont les textes qui nous retiennent. Ces textes où la langue (française) est à la fête et où le cul n‘est jamais vulgaire. Qu’ils soient de lui ou d’autres amis choisis, on en redemande, jamais las de ces jeux de mots -dont la chanson D’Alain à Line nous donne un joli aperçu sur le troisième album A Table-, on rit de bon cœur bien souvent, on se révolte sans -trop- se fâcher, et puis, doucement, on se calme, on s’assoit, et on écoute quelques douceurs qui nous parlent d’amours (au masculin), qui nous citent Genet -Cayenne- et nous évoquent la guitare et la verVe de Brassens (Inventaire). Chez Bacchus, les grand-mères se prennent pour de grands bandits (Les voleurs d‘ivoire), Gainsbourg se trouve métamorphosé (La petite nuance) et Christine Boutin en prend pour son grade entre deux chansons (« Baratin » Christine Boutin et moi).

La verVe, parlons en ! Nicolas Bacchus revient ! Non pas qu’il soit parti, certes. Car l‘homme est présent sur scène, à Paris, à Toulouse et ailleurs. Non, si Bacchus revient, c’est avec -enfin- un nouvel album qui a le bon goût de ne pas décevoir les habitués et qui, on peut l‘espérer, saura convaincre les novices. Quatrième opus du luron, La verVe et La Joie, annonce la couleur dans le titre même. Ça jubile, ça proteste, ça séduit aussi. Les Uniques, sixième morceau du nouvel album, prône alors le baratin sincère, la drague qui ment honnêtement en quelques sortes.

Une fois l’autre conquis par ces jolies boniments, le plus dur reste de se faire détester de la maman du dit jeune homme. On rit alors de la maman un peu trop gay-friendly de Ta mère (…me veut pour gendre) . A l’inverse, Ce que je fais de moi fustige à coup de rimes en « ite » (oui) tous ceux qui voudraient condamner une liberté trop affirmée : bien pensants, prudes et papes : "Ô vous, les papes fiers, les cénobites/ Balayer donc d’abord sous votre croix/ Avant de trancher, et laissez nos bites/ En paix, cela ne vous regarde pas". On était déjà amoureux (amoureuse pour ma part), de la Fontaine de Manu Galure, on tombe ensuite pour le merveilleux duo avec Lucas Rocher (Après toi) qui sonne, justement, la fin de l’amour. 

Car de l'amour, oui, il y en a aussi dans La Verve et la joie, et à toutes les sauces (Filet Mignon). Pluriel, charnel, gay aussi. Une certaine tendresse intergénérationnelle ensuite, à constater à travers le duo avec Anne Sylvestre (Oui ! Souvenez vous ! Les Fabulettes !), Cousine. Ou comment rendre hommage aux individus dont les initiatives militantes ont bien souvent changé nos vies, sans qu'on s'en souvienne assez parfois. Chanson bilan avant Le Vol arrêté qui nous rappelle que, finalement, tout n'est pas encore parfait -si on l'avait oublié ...-.

Il ne faudrait pas, enfin, oublier l’hilarant -au moins- Identité Nationale qui pose sur la musique du Métèque de Moustaki les discours racisto-beauf mais non moins drôles de quelques énergumènes à qui Bacchus, A.Bihl, P.font et Sarcloret prêtent leur voix … Avec en bonus un certain acharnement sur l’Ariège qui n’est pas pour déplaire à certains zaggiens (Sans viser personne …).

Vous l’aurez donc compris, La verVe et la Joie est un disque enthousiasmant, à écouter, à faire écouter, à faire connaître, tout simplement parce qu’il le mérite … Et nos oreilles aussi ! Seize petits mondes à explorer, seize petites bulles de musique et de mots, quelques friandises auditives en somme. Bon appétit !

Petite Mulch a eu la grande chance de pouvoir poser quelques questions au troubadour en question. Voici (en exclusivité Zag, attention, ça ne rigole plus), les réponses de l’intéressé :

1/ L’album est construit autour de nombreuses collaborations, tant au niveau de l’écriture et de la composition que de l’interprétation. Ce sont des échanges qui s’imposent ? Ce sont des personnes que tu connais avant de travailler avec ou l’inverse ?

Ce n'est pas imposé évidemment, mais on peut dire que "ça s'impose" au sens où c'est la "famille" musicale que j'apprécie et que je fréquente qui, soit se manifeste spontanément en proposant des chansons, soit accepte mes propositions plus ou moins honnêtes de coopération. J'ai aussi envie de donner des versions plus propres, avec du temps passé dessus, de choses qu'on peut faire au hasard de rencontres, en se croisant sur scène ou pour un évènement ponctuel. Donc ce sont des gens que je connais avant … et que je connais encore mieux après !

2/ « Cousine », ça se réfère à quelqu’un en particulier ? Aux deux interprètes ?

Cousine, le duo avec Anne Sylvestre, fait plutôt référence aux deux générations auxquelles nous appartenons. Le texte (d'Erwan Temple, qui a écrit les 2/3 de l'album précédent) est très référencé, plein d'allusions aux luttes et militantismes de ces deux générations, même si ni Anne ni moi n'avons fait ou lu TOUT ce qui est évoqué. Mai 68, le printemps de Prague, les luttes des femmes (pour l'avortement en particulier), les années sida, Act-up, les revendications des homos, les G8 et G20, les espoirs et désillusions de divers régimes, c'est tout cela que les deux personnages se renvoient, victoires et défaites comprises. Mais sans se les envoyer à la figure : le propos est plus dans le "merci" de la fin, dans la force que chaque génération de citoyens debout donne à l'autre pour continuer.

3/ Pourquoi cet acharnement sur l’Ariège ? Nous savons qu'un zaggien Ariègeois est devenu un grand fan grâce de cette chanson … Mais tout de même !

Déjà, ça fait quelques fans de plus, c'est pas à négliger ! Sinon, pas d'acharnement sur l'Ariège, c'est parti d'une blague entre deux couplets qui est devenue comme un leitmotiv. On était quand même 4 à chanter, à se renvoyer la balle, dont deux vieux de la vieille (Patrick Font et Sarclo) professionnels de la répartie et boostés par les autres, donc je ne contrôlais plus grand-chose … mais on s'est bien amusé. Deux musiciens étaient sortis les larmes aux yeux du studio pendant l'enregistrement des voix de Cousine, là ils sont tous sortis avec le fou rire pour essayer de nous laisser finir de chanter !
Enfin, pour info, un groupe Ariégeois a déjà tourné un clip de la chanson, en lip-dub, sur les marchés ariégeois, et envisage de lancer une grande campagne pour remplacer l'expression "Dans ton cul" par "En Ariège."

4/ L’oubli de « tous au putes ! », c’est spontané ?

Pareil, c'est dans la même chanson, Patrick avait fini l'enregistrement précédent par un tonitruant "Et maint'nant, tous aux putes !", la prise suivante, il ne l'a pas fait, Sarclo a rebondi dessus. C'est au mixage qu'on a mélangé et raccordé tout ça, en conservant et en mettant en valeur le maximum des délires des uns et des autres dans toute la chanson… dont cette fin, comme si on la reprenait en relançant une bande magnétique (alors qu'on enregistrait sur disque dur).

5/ Question personnelle : Tu as des chansons préférées sur cet album ?
Oui, les 16 premières. Et toi ?

Article et interview : Mulch pour
www.za-gay.org/