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Bacchus, chaud devant !

Témoignage chrétien - Le 29 septembre 2011

Libertin et libertaire, Nicolas Bacchus raconte sa vie agitée et ses combats dans un album pour amateurs initiés.

Nicholas Bacchus. Rien que son nom, pas tout à fait d’origine, est une belle promesse. Ce drôle d’animal s’était fait connaître dans une parodie du Petit âne gris d’Hugues Auffray, imitant, en obsédée sexuelle, une mannequin-chanteuse, pas encore première dame de France. Nicolas Bacchus publie cette année son quatrième album sans aucune concession. Aidé par de jeunes plumes, comme Manu Galure, ou plus anciennes (Bernard Dimey, Vladimir Vissotski avec le superbe La fin du bal, adapté par Maxime Le Forestier) Bacchus promène sa belle voix chaude, facile dans les aigus et dans son univers quelque peu tourmenté.

Émotion et politique. Son homosexualité, militante et parfois obsédante, s’affiche dans la moitié des titres. Souvent avec humour comme dans Les uniques (J’t'assure t’es pas ridicule/Faut pas que tout ça t’embarrasse/C’est pas bien grave, tant qu’on s’em…brasse/Tu s’ras le plus beau de mes jules), voire même dans le genre histoire de famille dans Ta mère (…me veut pour gendre). Sur la lancée de son CD précédent À table, il file la métaphore gastronomique (Filet Mignon) ou se lance dans des textes plus scabreux (Si tu savais ce que je fais de moi), à coups de calembours limites (« les seaux d’eau miroitant »).

Mais Bacchus est aussi politique, vilipendant les frilosités de notre société (Les gens de mon pays) ou dans un remake du Métèque de Moustaki, intitulé Identité nationale. En compagnie de Patrick Font – auteur d’un texte dans lequel les anciens jeunes reconnaîtront les vulgarité familières à l’ex camarade de scène de Philippe Val – du suisse Sarclo et d’Agnès Bihl, Bacchus reprend un combat qui lui est cher : « Jugeant que la plupart des Français étaient moins fiers d’être français qu’ils l’avaient été sous Pétain. » Hortefeux, Guéant et compagnie apprécieront.

Le moment le plus émouvant et le plus riche du disque est sans conteste Cousine, le duo avec Anne Sylvestre. Trente ans séparent les chanteurs et chacun rend hommage aux combats de l’autre : les luttes féministes des années 1970 pour elle (« toi la révoltée de la vie », « qui as signé à peine en cloque un manifeste de salope », « toi qui n’as pas cédé aux années fric ») et les terribles années sida pour lui (« toi le morveux, le mal rasé », « toi qui as vu crever tes copains, qui as grandi dans les capotes »). Tous deux inventent « d’autres armes, d’autres chansons, des trucs pour énerver les cons » avant de se dire « Merci ».
Un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles mais qui révèle un artiste original, et qu’on ne risque pas de voir sur le petit écran.

Patrick Nathan