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Nicolas Bacchus, le chanteur "libre, libertin, libertaire"

La Marseillaise - Le 20 fevrier 2011

Si vous n'avez jamais entendu "Le petit âne gris" d'Hugues Aufray version banlieue, vous avez raté quelque chose. Modifiées les paroles originales revisitent la chanson avec ironie sur des imitations hilarantes de Renaud, Charles Aznavour, Francis Cabrel, Barbara ou Vincent Delerm. L'auteur de cette fantaisie réjouissante c'est Nicolas Bacchus et on trouve sa parodie dans deux de ses albums : la première fois sur "Balades pour enfants louches", un live Mosaic Music, enregistré en 2002 au Bijou, une salle de Toulouse, et ensuite sur "A Table", datant de 2005, également disponible chez Mosaic Music.

C'est dire que cet artiste ne manque ni de qualités d'interprète, ni d'humour, ni de culot. De son vrai nom Nicolas Bages, et pour patronyme de scène Nicolas Bacchus, ce saltimbanque inclassable à la fois parolier et musicien, n'en finit pas de surprendre, et d'étonner même, tant ce qu'il produit ne ressemble à rien de ce qui se fait dans l'actuel chanson française. L'homme est de plus sympathique ce qui ne gâche rien, et, chose assez rare dans ce métier, il s'intéresse à ses confrères et n'hésite pas à lancer et soutenir de jeunes artistes, quand l'envie s'en fait sentir.

Ainsi c'est Nicolas Bacchus qui vient de diriger artistiquement le nouvel album de Manu Galure intitulé "Vacarme" et produire celui de Lucas Rocher, intitulé "Beau moqueur" et sur lequel ils réalisent ensemble un duo rendant plus émouvante encore la chanson "Après toi" écrite par un Lucas Rocher très inspiré.

Libre et du côté des exclus

Inclassable, Nicolas Bacchus est un éternel révolté et du côté des exclus, militant au quotidien pour lutter contre la précarité sociale en interpellant les élus sur le sort des SDF, et des sans-papiers. Dans ses chansons d'ailleurs, il en est souvent question comme sur "Les Sans Papiers", "Les restos" ou "Etrange", chanson co-écrite par Allain Leprest que l'on trouve sur l'album "A Table" avec à l'accordéon le grand Michel Glasko, et que le groupe "Entre 2 caisses" vient d'inscrire au répertoire de leur nouveau concert visible à Marseille au Toursky le 8 avril prochain.

Et si Nicolas Bacchus est un être également insaisissable, il se définit lui-même comme un homme "libre, libertin, libertaire". On ne se choisit pas en effet Bacchus, comme nom de scène si l'on ne demeure pas un épicurien gourmand de la vie, des choses de l'esprit comme des plaisirs de la chair. Les rapports charnels Nicolas Bacchus les rend dans la plupart de ses chansons jubilatoires et sans tabous. Avec des titres comme "Dans les saunas", "Enquête préliminaires" (en duo avec Juliette), "J'ai essayé", "Ta mère me veut pour gendre", Nicolas Bacchus clame sans la moindre équivoque son homosexualité, mais s'il a pu apparaître comme un militant de la cause gay, ce qu'il veut affirmer avant tout c'est le droit à tous de vivre sa sexualité comme bon lui semble sans être jugé, ni vilipendé. Cela donne des titres drôles ou dramatiques, et cela a inspiré à Pierrick les illustrations de la pochette du nouvel album de Bacchus "La verVe et la Joie" venant tout juste de tomber dans les bacs. Et quel album !

Un duo avec Anne Sylvestre

Produit par Bacchus lui-même, il se compose de 16 titres dont la reprise de "La fin du bal" de Vladimir Vissotski et de "La Pierrette à Pigale" texte de Bernard Dimey sur lequel Nicolas Bacchus a ajouté une musique des plus judicieuses. Riche, varié, orchestré autour de Giovanni Mirabassi, complice musical d'Agnès Bihl, "La verVe et la Joie" pourrait s'appeler "Le libertin guidant le peuple" du nom du tableau de Pierrick que l'on trouve sur le livret. Et ils sont nombreux les invités conviés au festin de mots et de musiques offertes par un Bacchus gargantuesque et génial cuisinier symphonique. On trouve sur l'album Agnès Bihl, Lucas Rocher, Thomas Pitiot, Sarclo, Patrick Font, auteur de "Identité nationale" qui sur l'air du "Métèque" de Moustaki fustige avec un humour déjanté la xénophobie et le racisme.

Et puis cadeau absolu, d'autant plus remarquable que ça n'arrive pas souvent, la grande Anne Sylvestre a accepté de venir sur l'album interpréter un duo avec Bacchus sur une chanson qui n'est pas d'elle mais qui pourrait très bien appartenir à son répertoire. ca s'appelle "Cousine", c'est un texte magnifique, poignant, poétique, signé Erwan Temple, et mis en musique par Nicolas Bacchus qui évoque le combat des femmes et la lutte révolutionnaire à toutes les époques. Remplie de références politiques et littéraires, cette chanson (ma préférée de l'album) possède une force lyrique la rendant intemporelle et d'une force hors du commun. Il y a aussi "Derrière l'embarcadère" sorte de poème parnassien qui sur des paroles de Dany Rodriguez, décrit le spleen moderne avec des fulgurances à la Mallarmé. Cet album somptueux, admirablement chanté, que Nicolas Bacchus présentera à la Fnac d'Aix le 2 avril prochain, fera date : tant sur le fond que dans la forme.

Sébastien FARAMANS pour

La Marseillaise