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Devant tout le monde (chronique album)

Not for Tourists Paris - Le 29 avril 2012

Cela fait des années qu’on le suit de plus ou moins loin, Nicolas Bacchus, très actif sur les concerts – il ne cesse jamais de tourner revient en juin sur le front de la distribution CD avec un très bel album live intitulé  « Devant tout le monde » où il expose, accompagné d’invités de choix (Agnès Bihl, Lucas Rocher, Anne Sylvestre…) la diversité de sa palette émotionnelle et musicale.

Engagement, générosité, liberté, partage sont les maîtres mots de ce disque tour à tour insolent, drôle, émouvant ou grave qui restitue pour notre plus grand bonheur l’ambiance euphorisante du live.

Certains seront peut-être étonnés de nous voir ici faire l’éloge d’un chanteur français, qui chante dans la langue de Molière et n’use que de peu d’inflexions musicales « rock ». A l’image de Luz, j'aime pas la chanson française, celle des Delerm et des Bénabar, des Zaz et des Cali. Ca ne me touche pas, pire : cette fange m’exaspère! Dominique A, Thiéfaine, Michel Cloup, Holden comptent parmi les seuls pour lesquels je puis m’enflammer…

Mais Bacchus est porteur d’une couleur musicale et textuelle toute personnelle qui ne renie rien de ces racines populaires, tout en abordant des thèmes sociaux et politiques ô combien ! dans l’air du temps.

Il est celui qui sait défaire les codes, ne pas se complaire dans la dénonciation facile, dans la revendication élémentaire, dans la colère vaine. Lui, il y met des mots et des arguments choisis, use à propos d’un humour ravageur tout autant qu’il sait fort bien tirer sur la corde sensible sans verser dans le larmoyant. De plus, il fait montre d’un réel savoir-faire musical qui lui permet d’étonner toujours et de se frayer un chemin acoustique propre entre jazz, classique, manouche, tango et j’en passe.

Lorsqu’il entonne avec Bilh et Rocher « Identité Nationale », pastiche habile du Métèque qui dénonce avec intelligence la franchouillardise / le poujadisme d’une certaine France, avec « Les gens de mon pays » ou encore, lorsqu’il converse dans un magnifique et émouvant duo avec Anne Sylvestre pour livrer un puissant hommage aux engagés de toutes les générations, il livre des hymnes forts à tous ceux qui, comme nous, ne se font plus d’illusion sur les lendemains qui chantent mais rêvent encore d'«autre chose».

Gay affiché sans option « grande folle », il fait, avec des chansons telles que « Des jours plus gais », mentir tous ceux qui, ancrés dans leur posture patriarcale, pour ne pas dire homophobe, pensent que l’amour entre deux hommes ne sauraient être beau et romantique. Il sait même donner au libertinage une autre figure que celle de la déviance.

N’allez pas pour autant croire que l’on ne s’amuse pas chez Bacchus ! Tout autant qu’il multiplie les apartés corrosifs, il nous réserve quelques pépites drolatiques dont « L’heure des goûts et des coups » est sans doute ma préférée.

Accompagné du DVD du spectacle et logé dans une jaquette remarquablement illustrée, « Devant tout le monde » vous fait passer (et repasser maintes fois) un excellent moment dont vous trottent longtemps après dans la tête les refrains.

Laure Dasinières pour
notfortourists-paris.fr