Presse

 

Lettre Ouverte n° 36

- Le 01 juillet 1999

On ne va pas en faire un plat, ça commence comme pour tout le monde. BACCHUS, les ambiances bistrot, scène ouverte, restau, caf' conc', il connaît par coeur, de son Auvergne natale à sa ville d'adoption, Toulouse.
Déjà rompu à l'animation (il était éducateur), il a tiré de ses expériences une présence, un sens du spectacle étonnant une adaptabilité de chaque instant au public pour lequel il compose un personnage mélangé, de la (fausse ?) pudeur au rentre dedans, de l'intimisme au cabotinage rigolard, jouant sur des maladresses dont on ne sait plus lesquelles sont volontaires.
Ciselant des textes dans la tradition de la chanson francophone, BACCHUS vient avec la même jubilation taper là où ça fait mal, et caresser là où c'est bon . II faut dire que son répertoire de reprises (versions parfois très personnelles) réalisait déjà cet alliage, de Brel à Font et Val, en passant par Brassens, Renaud, ou Souchon.
Si on ajoute au cocktail des paroles et musiques à tiroirs (citations et détournements compas), une sensualité (et
affinités) mélangée (elle aussi) et revendication et du jeu de mots, on peut se faire une vague idée du mélange (encore !) proposé. On pourrait peut-être faire prendre ensemble, dit-il d'un air mélangélique.Mais attention, qui met l'ange met la bête.
Nicolas comment es-tu venu à !a musique ?
La musique est pour moi le mode d'expression par lequel j'ai été le plus bercé et donc par lequel je me sens le plus touché. Le goût pour le cinéma et le théâtre est venu après. Dans le biberon initial on trouvait Renaud, Brel ou Font et Val. Brassens et Souchon sont arrivés plus tard en cité universitaire. Le mélange a nourri mon envie d'écrire.
Avec tes textes bien engagés. parfois (voire souvent) provocateurs, n'as-tu pas peur de déranger ?
Non, c'est même le but ! Mais la "provoc" n'est jamais gratuite. Dénoncer un état de fait, s'indigner ou s'amuser d'un travers humain (sans oublier l'auto-dérision) dans une chanson, qui doit marquer en quelques mots, force à grossir le trait, pour rendre le texte percutant. Le final est au mieux de provoquer le débat. Le foot reste-t-il la seule chose qui puisse faire descendre les gens dans la rue ? Pour ce qui est de la chanson ouvertement homosexuelle, il y a certes une provoc sous-jacente, mais aussi une sincérité. Je pense que les homos (outre une conscience politique et civique, majoritairement nulles) sont en partie responsables, par le fait de se planquer ou de vivre à part, du rejet qu'on peut susciter. On rejette ce que l'on ne connaît pas et comme on ne le connaît pas on le rejette. C'est notre peur du rejet qui entraine ce rejet. Je m'aperçois que certaines chansons, hors stéréotypes, ne choquent pas et passent très bien auprès d'un large public (j'en suis parfois surpris moi-même).
La chanson engagé à-t-elle sa place ?
J'espère, plus sérieusement, j'en suis sûr, car c'est dans la multitude des modes d'expression artistique que chacun trouve ce qui le touchera le plus, ce vers quoi il aura envie de tendre.
Que est ton plus mauvais souvenir ?
Ça remonte à l'époque où je chantais surtout des reprises, je me suis aperçu que je n'avais pas été assez clair.
J'avais en face de moi des gens qui avaient apprécié le spectacle, alors que dans la discussion l'incompatibilité était totale.
Vigilance donc...
Propos recueillis par Jean-Bruno
Lettre Ouverte n° 36 juillet-aout 1999