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BACCHUS Coupe d'Immondes... et Autres Réjouissances Populaires

Presto! N°42 - Le 01 octobre 2000

BACCHUS est directement issu de ces années 60 et 70 où le militantisme ne se pratiquait pas encore selon l'économie de marché. Prudence, sourire commercial, sondages d'opinion, look étudié, public ciblé, manif déguisée en fête, discours déguisé en slogan, lois du marché et du ça va marcher, tout cela ne faisait encore que rigoler les braves contestataires. Si on leur avait dit que moins de trente ans plus tard ils devraient passer autant de temps à étudier la forme avant de penser au fond et renoncer à toutes leurs idées parce qu'il ne faut pas avoir l'air agressif, sans doute auraient-ils répondu qu'ils n'avaient rien à vendre. Mais depuis on a découvert qu'il faut savoir se vendre. Or BACCHUS est ringard. Il en est resté aux temps de la gratuité, ne sait pas jouer les inoffensifs, rassurer le public, relooker la coiffure, remixer les musiques, nettoyer les paroles. Alors certes, parfois on a envie de lui expliquer que le service militaire à 21 ans ou à 18 n'est plus le premier problème à régler et même qu'aujourd'hui il y a pire que Le Pen. On a envie de lui dire de rajeunir l'allure et surtout de mettre un peu de dynamite dans la musique. Mais on lui sait immensément gré pour ses prises de position sans asepsie, pour sa façon de fouler le mythe de la vie privée, de prôner l'outing et l'inconvenance. Pour l'audace avec laquelle il se glorifie de ses mauvaises chroniques en proclamant que "l'essentiel c'est de ne pas plaire à tout le monde". Avec un vrai groupe derrière lui, ses chansonnettes-bombinettes deviendraient hymnes à tout casser (formule à prendre au pied de la lettre). Par exemple "pour m'rouler dans l'herbe et courir après des garçons, j'ai pas b'soin qu'ils soient millionnaires, ni qu'entre nous y'ait un ballon". BACCHUS ne sait pas se vendre. Mais il y a gros à parier qu'il ne sait pas non plus se rendre. Vivement les bacchanales.
Alias