Presse

 

Bacchus fait son olympia

L'étudiant Toulousains - Le 01 decembre 2000
Les textes de Nicolas Bacchus sont cinglants et parlent de la vie, sa vie. Alors on s'est dit que ce défenseur de la chanson française avait beaucoup de choses a dire. Bonne intuition. L'artiste accepte l'interview et nous donne rendez-vous dans un café a deux pas de chez lui. Rencontre.
Vous utilisez un nom de scène. Est-ce pour faire comme les vedettes du show-bizz ?
Pas du tout. C'est venu par hasard, de la part de quelqu'un et comme ce nom sonnait bien et que j'assumais bien le côté fêtes, garçons, filles, orgies diverses, je l'ai gardé.
Quel a été votre cursus universitaire ?
Après le bac, j'ai fais deux ans de psycho et trois ans d'école d'éducateur spécialisé. J'ai ensuite exercé ce beau métier pendant cinq ans auprès d'ados et de jeunes adultes cas sociaux et délinquants dans des foyers.
Et ensuite, la musique a pris le dessus.
Tout à fait. II fallait choisir entre la musique et l'éducation pour pouvoir m'y consacrer pleinement. Aujourd'hui, je suis musicien et j'espère le rester le plus longtemps possible.
À quel moment la musique est-elle entrée dans votre vie ?
Tout petit déjà, avec mes frères et sueurs, on a tous fait le conservatoire. Par contre, j'ai appris l'accompagnement à la guitare tout seul, comme un grand. Quant au chant, j'en ai toujours fait, ça ne veut pas dire que je chante comme un chanteur d'opéra, mais je ne suis pas obligé de me casser la voix ou de brailler comme un âne. Je n'ai pas envie de faire du Lara Fabian !
Les premières fois devant un public, c'était comment ?
Après le bac, je chantais avec mon frère sur les terrasses de bistrots avec des reprises de Brel, Nougaro, Brassens, Renaud, Font et Val, Souchon. Petit à petit, j'ai intégré des morceaux que j'écrivais et aujourd'hui, mon spectacle n'est composé que de chansons originales.
Où puisez-vous votre inspiration ?
Comme tout le monde lors d'un premier disque, il y a beaucoup de choses personnelles. C'est inévitable. Ma chance vient du fait que ma vie soit décalée par rapport à d'autres, ce qui donne un minimum d'intérêt aux chansons.
En quoi vous sentez-vous décalé ?
Peu de personnes revendiquent leur homosexualité dans leurs chansons. II y a beaucoup de chanson d'amour du style "Elle est partie, elle ne va pas revenir, je suis triste" mais peu de "Je l'aimais mais il est parti". Même si on dit que l'heure est à la libéralisation, l'homosexualité reste encore aujourd'hui un sujet tabou dans le monde de la chanson. Le jour où on considérera une chanson avec deux mecs comme une chanson d'amour et non plus comme une revendication, ce sera gagné.
Selon vous, les mentalités évoluent-elles ?
Je ne trouve pas. Je fais partie de plusieurs associations militantes et on accueille de plus en plus de jeunes qui se sentent perdus. En ce qui concerne la représentation publique, les films, la publicité et la télévision montrent diverses façons d'avoir des rapports hétérosexuels dans le respect, dans la violence ou dans la domination, par contre pour les homos, on a le choix entre "Les nuits fauves" ou "La cage aux folles" et on peut ne pas se reconnaître dans ces deux films. On pourrait donner une autre image.
On pense que les mentalités ont changé mais ce n'est pas si évident que ça. Certains se sont servis de mes chansons pour faire leur "coming out", rien que pour cela, je suis fier de ce que je fais.
Certaines personnes connues revendiquent leur homosexualité. Ce phénomène fait-il avancer les choses?
Bien sûr. Certains comme Laurent Ruquier, Dave affirment leur homosexualité. Mais il faudrait qu'ils soient imités par d'autres. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, il faut que les personnes publiques répondent à des critères qui font vendre. II y a quelques années, la France a vécu le phénomène "boys band", il fallait que les jeunes filles tombent amoureuses de ces gars-là pour qu'elles achètent leur album et les produits dérivés. Alors, on les mettait dans le moule idéal : beau mec, bien musclé, sportif, célibataire avec quelques pseudo-aventures avec des filles canons. Mais on ne disait pas que, de passage à Toulouse, ils fréquentaient "Le Shangaï" et pas "Le Bar Basque". La vérité aurait cassé leur image et donc leur succès.
Que pensez-vous de la chanson française d'aujourd'hui ?
Beaucoup de personnes se lamentent en disant qu'elle est morte, que c'était mieux avant. Ces gens-là ont tort, ils écoutent ce qu'on leur donne à la télévision ou à la radio. II faut qu'ils sortent un peu de chez eux, qu'ils prennent une fois à droite et une fois à gauche, qu'ils s'arrêtent dans le premier bistrot et ils découvriront des chanteurs inconnus mais talentueux.
Les quotas concernant les programmations à la radio ont-ils fait avancer les choses ?
Ces quotas ont surtout profité aux grosses machines. Au lieu de mettre cinq fois Goldman, Cabrel et Souchon, les radios les programment quinze fois. Pour ma part, je suis persuadé que les radios qui passent mes chansons l'auraient fait avec ou sans les quotas. Je suis en dehors de ce système-là, moi je me débrouille tout seul.
Que faudrait-il pour que Nicolas Bacchus passe sur une radio commerciale ?
Qu'il en ait envie ! C'est dangereux de dire ça mais je pense qu'il n'y a pas grand chose qui pourrait les intéresser. Ce qui est programmé n'est pas forcément bien. Prenons en exemple Rive Gauche de Souchon, ce titre ne passerait pas en radio si ce n'était pas lui.
Pour moi, il faudrait un truc, l'humeur du programmateur, l'air du temps.
À Montauban, il existe un festival consacré à la chanson française. Envisagez-vous d'y passer un jour ?
Nul n'est prophète en son pays. II a fallu plusieurs années de succès pour que Juliette puisse s'y produire, alors peut-être un jour... On me programme plus facilement sur d'autres festivals dans d'autres régions.
En ce moment, quel est votre emploi du temps ?
Je passe mon temps à téléphoner, envoyer des courriers et des disques ou à démarcher pour vendre mes disques et trouver des salles. Mais j'arrive encore à trouver du temps pour me donner en spectacle.
Courant décembre, vous serez au Bijou. Cette scène vous convient-elle ?
Tout à fait. Pour moi, c'est l'Olympia. Le Bijou est une des salles fréquentables à Toulouse et en Midi Pyrénées, elle a une réputation nationale. Un passage dans ce lieu ouvre certaines portes dans de nombreuses villes dont Paris. De plus, le directeur programme des spectacles de qualité. Je suis ami avec lui depuis plusieurs années mais il a fallu attendre que mon tour de chant soit prêt. Professionnellement, je trouve qu'il est irréprochable.
Vous étiez connu sur Toulouse grâce à votre coupe de cheveux, mais aujourd'hui, je constate qu'il sont courts. Que s'est-il passé ?
C'est ma vie, ça ne vous regarde pas ! Non, comment dire ça pour rigoler ? Parfois, il arrive des trucs, on change d'amis, d'amours, d'emmerdes pour reprendre la chanson, certains sautent d'un pont et d'autres coupent les cheveux. J'ai choisi la solution la moins dangereuse.
Par contre, la salopette est toujours là.
Oui. La salopette, les rayures, les petits logos sont toujours là. Ils font partie de mon image.
N'y aurait-il pas un peu de superstition derrière cette tenue ?
Pas du tout. C'est de la pure putasserie, du pur cabotinage, juste pour me vendre. Au début, j'ai essayé plusieurs styles et c'est avec celui-là que je me sens le mieux.
Pourtant, vous dites que vous jouez avez deux instruments sur scène, la guitare et la salopette.
Ca fait partie du personnage du chanteur. Même si je chante des choses très personnelles, Nicolas Bacchus est sur scène, le vrai Nicolas attend la fin du spectacle.
Pour quand le second album ?
Il me faut déja amortir le premier. Le second ne sera pas complètement différent de celui-là. Ensuite, si le projet en cours avec une maison de disque aboutit, le second se fera plus rapidement. Un disque coûte très cher et en ce moment, je n'ai pas un rond.
Revenons quelques instants à vos études. Un sondage récent montre que la majorité des étudiants sont satisfaits de leur vie. Qu'en était-il pour vous ?
Bof. C'était difficile et assez fade au début car je ne connaissais personne. J'étudiais à Clermont-Ferrand, beau port de pêche, ville noire. Je n'étais pas aussi décidé ou militant sur divers sujets, comme la sexualité par exemple qui fait partie, encore aujourd'hui, des préoccupations des étudiants. Du moins je l'espère car il y en a beaucoup de charmants.
Quels sont les lieux que vous appréciez à Toulouse ?
Pour les lieux culturels, il existe encore des endroits qui ne sont pas obligés de fermer à cause de toutes les nouvelles réglementations européennes. Je vais souvent La Loupiote, le Bijou ou des théâtres comme le Garonne et La Digue. À travers leurs programmations, ils soutiennent véritablement les artistes. Pour le reste, je fréquente les lieux homos de la Ville Rose. Sinon, j'aime bien la cour intérieure de l'Hôtel d'Assezat, avec un amant, c'est très romantique.
Que pensez-vous de la mode des comédies musicales ?
Je ne suis pas fan de celles proposées en ce moment. Mais bon, quelqu'un va peut-être écrire une comédie musicale qui va me plaire, dans le même style que Hair. J'attends et si personne ne le fait, pourquoi pas moi ?
Quel conseil voudrais-tu donner aux étudiants toulousains ?
Aux étudiants, profitez-en, d'être étudiant, de la vie et puis de moi, tant que je suis pas trop pourri ! Aux étudiantes, démerdez-vous... avec les étudiants qui vous restent une fois que je suis passé.