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Irrévérence libertaire

http://www.theatreonline.com (Avignon) - Le 20 juillet 2002
Auteur, compositeur, interprète, Nicolas Bacchus a installé sa verve et sa faconde à la Tache d’Encre pour un mois. Engagé et revendicatif, il fustige institutions et conventions avec humour et entrain. Mais dégagé des poncifs politiques et des habitudes bien-pensantes, il est aussi suffisamment libéré pour faire mouche sans démonstration ni lourdeur. De l’émotion, des reprises en forme d’hommages et de clins d’œil, de la passion et du recul: le cocktail est explosif, rigolard et gaillard.

Troubadour libertaire et citoyen contestataire, Nicolas Bacchus se réclame avec insolence de la frange de la marge, aussi bien sexuelle que politique. Fustigeant les conservateurs et les faux révolutionnaires, il tire à feu nourri sur les coincés, les bégueules et les imbéciles. Apôtre d’une pédérastie joyeuse et assumée, il jette quelques bons mots au vitriol sur les certitudes et le consensus. Tout y passe, de Christine Boutin aux intégristes régionaux, des parents maladroits qui voient pousser leur progéniture vers l’inversion aux vieilles filles aigries.
Néanmoins, le bougre n’est pas seulement cynique. Il rend aussi un hommage appuyé (et parfois même un peu naïf) aux militants des causes justes, aux femmes libérées par l’IVG et aux révoltés de tout poil. Provocateur aux limites du respect, il salue ses maîtres en musique, de Brassens à Gainsbourg, et n’hésite pas à écorner les statues des pontes de la profession en de savoureuses imitations de Barbara, d’Aznavour ou de Renaud. Le tour de chant s’achève sur un Petit âne gris revisité à la sauce pastiche qui ravira les anciens condamnés aux colonies de vacances...
En plus de chanter, avec une voix juste et une émotion sincère, ses textes et ceux des autres, Bacchus parle. Bavard impénitent, il explique, explicite et expose à loisir les conditions de ses choix et de ses chansons. Provocateur encore et toujours, il revendique sa différence jusqu’au cœur d’un festival Off dont il brocarde les complaisances et les servilités avec ironie.
Accompagné par un violoncelle et un harmonica venus étoffer sa guitare des premiers récitals, Bacchus est passé des bistrots aux salles de concert. Espérons que son chemin ne s’arrêtera pas là et que le succès qu’il mérite sera bientôt au rendez-vous de son talent!
Catherine Robert