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Chanson d'ici (interview)

Intra Muros - Le 10 avril 2002
Et revoilà NICOLAS BACCHUS et ses chansons délicieusement engagées, vénéneusement poétiques, totalement rentre-dedans, tendrement provocantes et sauvagement passionnées. Après un an de concerts dans les coins les plus reculés de l’Hexagone, il sort ces jours-ci son deuxième album, -"Balades pour enfants louches", chez Mosaic Music-, un album plein de musiciens et de nouvelles chansons. Rempli d’excellentes raisons d’aller le rencontrer.
Nicolas Bacchus : “Balades pour enfants louches” parce que l’on se déplace beaucoup dans cet album. Quant aux enfants louches, on les retrouve dans quelques-unes des chansons ; louche, parce que les errances un peu nocturnes, louche au regard des bien-pensants qui observent depuis leurs balcons sous lesquels on joue le rôle des cons... Ce deuxième album est une auto-production distribuée par Mosaic Music. Au début, j’ai cherché une petite boîte de production que je n’ai pas trouvée. Et puis après j’ai vu quelques copains se faire produire, ramasser 6 francs par disque vendu, et qui, quand ils voulaient donner un disque aux amis, ne pouvaient pas parce qu’il fallait qu’ils l’achètent. Je suis assez jaloux d’une certaine liberté, d’une certaine indépendance et je crois que le trip des Hurlements d’Léo, des Ogres de Barback... de rester auto-producteurs est intéressant. Je ne voudrais pas cracher dans la soupe avant que l’on me la propose, mais j’aime bien être propriétaire des bandes que j’ai enregistrées.
Ce nouvel album a été enregistré en public au Bijou en janvier dernier?
Le Bijou, c’est un peu l'Olympia de Toulouse. J’y suis allé comme spectateur, pour participer aux “Joueurs de voix”, puis pour les animer ; j’y reviens pour voir plein de spectacles et naturellement pour y enregistrer cet album.
Mais cette fois, sur scène, vous n’étiez plus tout seul avec votre guitare.
Il y avait cinq musiciens le premier soir, six le second. J’ai essayé de construire une formation plus étoffée et en même temps originale. Pas de basse ni de contrebasse mais un violoncelle, un saxophone et un harmonica pour les parties mélodiques, guitare et percussions pour la rythmique. Cette formule a bien fonctionné et, du coup, je tourne maintenant avec le violoncelliste et l’harmoniciste. Une formule idéale pour les petits lieux ; mais à plus de trois, c’est parfois raide pour pouvoir payer tout le monde. Ça compte aussi. Pour le moment, c’est irréaliste de tourner à six. Par contre, du 10 au 14 avril au Fil à Plomb, on va faire trois jours en trio et les deux derniers avec toute l’équipe de ce disque.
Un changement radical ou une évolution normale dans votre façon d’écrire et de concevoir un tour de chant…
La plupart des chansons étaient déjà écrites. Par contre, les arrangements sont le fruit d’un travail en commun. Certaines chansons ont vraiment pris une autre gueule, d’autres ont subi un léger coup de booster. Mon souci était que ces nouveaux arrangements ne fassent pas perdre le côte réactif de mon spectacle. Je peux arrêter une chanson s’il se passe quelque chose dans la salle, je peux la planter au milieu pour dire une connerie. Seul, c’est facile ; à plusieurs, cela se travaille pour pouvoir repartir sans être obligé de compter 1,2,3,4. Il fallait que cela reste un spectacle avant tout. Parfois, cela a perdu en propreté, mais en tout cas on a conservé l’idée de spectacle. J’ai voulu enregistrer en public pour garder cette idée d’un spectacle construit. Et c’est évident que l’arrivée de musiciens m’a obligé à revoir la construction de mon tour de chant.
Pourquoi alterner sketches et chansons?
Le fait de faire un sketch et de reprendre la même chose, les mêmes idées dans une chanson permet de toucher les gens, mais pas forcément au même endroit. On ne va pas faire vibrer la même fibre au même moment. je trouve intéressant d’explorer diverses manières de parler au public. Si je savais danser sur les mains, peut-être que je m’en servirais. La vraie question, c’est l’utilité de l’affaire, Il faut que ça corresponde au discours que j’ai envie de véhiculer. Pour l’instant, c’est des chansons et du baratin.
Vous commencez à tourner pas mal, ce qui ne vous empêche pas d’être également un spectateur assidu de la scène toulousaine. On vous voit régulièrement assister aux concerts de vos collègues. Quelque chose d’assez rare dans le milieu de la musique.
Je suis souvent étonné de ne pas en rencontrer plus. Il y a l’artiste pénétré de son talent et du message qu’il a à délivrer au monde, qui s’enferme dans sa chambre sans rien écouter de ce qui se passe autour de lui pour ne pas être influencé. Résultat, il sort quinze chansons de trucs qui ne se disent plus depuis à peu près quinze ans. Moi, je me suis nourri de chansons de personnes qui savent écrire (Brassens, Brel, Renaud, Font et Val, Souchon, Vian) pour essayer de ne pas sortir n’importe quoi et être obligé de cacher la plupart des brouillons de ce que l’on écrit parce que largement pas au niveau. Il faut avoir à la fois de la distance et des éléments de comparaison. Voir ce qui se fait autour de soi, voir l’inventivité, les possibilités de création chez les autres penser que plus rien n’est possible et prendre une claque en allant voir Nery... voir Juliette, qui malgré ses références énormes, fait du neuf… tout cela revigore et me persuade que c’est encore possible. J’apprends énormément en voyant les autres sur scène, en furetant à droite à gauche. Ça pousse au cul et ça évite de faire quinze fois la même chanson.
Propos recueillis par
Jean-Philippe Birac