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La Pierrette à Pigalle

(Bernard DIMEY / Nicolas BACCHUS)

Le premier qui me dit des mots qui me plaisent pas
Je l'attrape au colback et j'y file une mandale,
J'fais quatre vingt kilos et tâtez, y a pas d'gras !
Et c'est moi qu'on appelle la Pierrette, à Pigalle.
J'ai 42 balais et j'ai 10 ans d'Légion,
Et si j'aime les bas d'soie et les talons aiguille,
L'premier qu'est pas content, je les lui plante au fion !
Quoiqu'de mon naturel, je soye plutôt bonne fille.

C'qu'i' faut pas dans la grive* c'est l'imagination,
On se vire sa cuti, comme ça, comme qui rigole,
Avec le temps qui passe on se chope des passions,
On commence comme caïds, on se r'trouve chez les folles,
Et pis quoi ? Du moment qu'on est bien dans sa peau,
C'est plutôt rigolo de chanstiquer* ses fringues,
De s'coller des perlouzes... C'est p't'-êt' con, mais c'est beau !
Sans c'truc-là, dans l'désert, moi je s'rais dev'nu dingue.

Alors il faut comprendre... Quand t'as joué les costauds
Pendant dix ou quinze ans, un beau jour t'en as classe,
Tu cherches ailleurs... Tu trouves ! Et pis tu changes de peau;
Mêm' de s'faire mett' un peu, je te jure, ça délasse.
Ceci dit, moi je tiens à ma virilité,
Si je m'sape en gonzesse, c'est pas tell'ment qu' j'adore,
C'est que ma clientèle, y a qu'ça pour l'exciter...
Alors je fais c'qu'y faut, c'est plutôt du folklore.

Et pis moi sur la peau j'ai que d'l'Yves Saint-Laurent,
Je supporterais pas des trucs qui soyent vulgaires,
C'est comme ça que je m'fais dans les 20 briques par an,
Je n'me faisais pas ça quand j'étais militaire ;
Le seul drame de ma vie, c'est que mon p'tit ami,
Il a vingt ans d'moins qu'moi, j'ai peur qu'y s'fasse la malle,
C'est pas son intérêt, j'l'ai prév'nu, j'y ai dit :
Tout l'monde saurait qui c'est la Pierrette... à Pigalle !